La Vie nouvelle il y a… 111 ans : le 13 juin 1897

Ce qu’il y a de bien avec une chronique, c’est que l’on peut parler de tout et de rien, évoquer tour à tour des aspects profonds ou complètement anecdotiques. Mis en page, chaque mot, chaque ligne revêtent étrangement une certaine noblesse : c’est la magie du journal.

Cent onze ans… C’est un sacré bond en arrière. Et pourtant, dans l’édition du 13 juin 1897, un article est consacré à un thème qui est toujours autant d’actualité : le secteur agricole. Plus d’un siècle plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Quels nouveaux enjeux ? Ces temps-ci, ce sont plutôt les marins pêcheurs, les entreprises de transport, qui enregistrent une difficulté d’activité notable.
En réalité, dire que tout ce qui touche à la pêche et à la terre, à ces activités ancestrales mais ô combien vitales pour notre équilibre alimentaire, connaît un rythme de production délicat est une évidence.
À l’époque déjà, on s’inquiète et quand inquiétude il y a, on pense à se prémunir, à protéger sa profession. Les syndicats naissent en partie de ce besoin. Plus que le fait de fédérer des protagonistes, un syndicat a vocation à créer un groupement constitué pour la défense d’intérêts professionnels communs. L’incipit de l’article auquel je fais référence commence ainsi : « L’agriculture est malade et je connais un remède : c’est le syndicat agricole (…) mais jugeons toujours le pommier d’après ses pommes. » Bien avant les affres de l’économie contemporaine, celles de la guerre ouverte entre la grande distribution et les petits producteurs, l’auteur de l’article évoque une situation tendue : « Les travailleurs agricoles, livrés à leurs forces personnelles, ont été exploités de la plus belle façon ; on a vu et on voit encore les gros dévorer les petits. Cela n’arrivera plus le jour où les petits sauront s’unir, car ils sont les plus nombreux. » Est-ce là la solution ? Je crois que le problème est bien plus vaste. Un syndicat n’est pas la panacée. Il a une utilité que je ne conteste pas, certes.
Mais la question de l’économie agricole est plus complexe. On aurait tort d’oublier, aussi, les conditions de travail et, davantage encore aujourd’hui, les sacrifices de vie qu’elles induisent. Les investissements. Les charges. Oui, les aides existent. Un gros travail a été fait là-dessus mais malheureusement, le sacerdoce de l’agriculteur s’en trouve à peine allégé…
Plus que jamais, leur survie – dont la nôtre dépend, par extension – est au coeur des préoccupations de notre politique nationale, européenne et mondiale.
Mais ce n’est pas sur l’économie agricole que je souhaite orienter la chronique d’aujourd’hui. Ce serait d’ailleurs très réducteur de circonscrire ce sujet en à peine quelques lignes ; sujet sur lequel, soit dit en passant, je n’ai aucune légitimité à argumenter.
Bref, pour rappel, c’est sur proposition d’une loi impulsée par Waldeck-Rousseau que les syndicats ont été autorisés, en mars 1884. Treize ans plus tard, en 1897, on lit que plus de 900 syndicats agricoles existent, rassemblant en leur sein plus d’un demi-million de membres.
Je stoppe net ma lecture. Alors que je m’apprête à retranscrire dans cette deuxième partie de rubrique la suite de cette épopée syndicale agricole, une phrase me glace. Coite, abasourdie, je relis une seconde fois, pour être sûre de ne pas me méprendre.
Dans cette édition de La Croix de Savoie, année 1897, au beau milieu de cet article, tout ce qu’il y a de plus commun, sur les syndicats agricoles, je suis soudainement sous le choc. Le même rédacteur, celui dont je relatais les propos ci-dessus, écrit : « Les deux ennemis – le fisc et le juif – seront bientôt mis en déroute. »
Si, en 111 ans il y a bien une chose, une seule, qui a changé, c’est que ce genre de monstruosité, qui appelle encore davantage à la bêtise humaine qu’au racisme, n’a plus sa place dans un support de presse public.
Cette phrase va nous conduire à préparer pour la semaine prochaine une sorte d’audit de notre journal.
Je découvre en même temps que vous la consistance rédactionnelle de l’ancêtre de La Vie nouvelle. Je ne veux, pour le moment, m’étendre et anticiper ce que je considère comme une grave découverte, dans les colonnes de nos archives. Attention, il s’agit aussi de faire la part des choses entre le journal tel qu’il se présentait à l’époque et les évolutions qui ont suivi.
La Vie nouvelle d’aujourd’hui ou même d’il y a quarante ans ont sensiblement infléchi leur ligne éditoriale.

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