La Vie Nouvelle il y a… 40 ans : le 10 mai 1968

Nos archives du 3 mai 68 interpellent. Qu’en est-il de nos archives du 10 mai 1968 ? La fièvre soixante-huitarde va-t-elle enfin toucher les Savoyards ?

La semaine dernière en effet, notre rubrique « Chroniques d’hier et d’aujourd’hui » précisait que La Vie Nouvelle du 3 mai 1968 ne s’était pas fait l’écho des balbutiements de la rébellion amorcée dans le quartier de la Sorbonne, à Paris.
Si nous remontons la chronologie de ce mois de mai agité, on apprend que, la veille de la parution du journal, c’est-à-dire le 2 mai, les premiers heurts opposent les étudiants et les policiers, que des barricades ont été érigées autour de l’édifice universitaire et que les tensions, de plus en plus palpables, semblent sur le point d’exploser de toutes parts…
Pourtant, pas une ligne rapportée à ce sujet de la part de La Vie Nouvelle. Cela aurait pu trouver une justification dans la quasi-simultanéité des événements du 2 mai et celle du bouclage du journal, à paraître le lendemain.
Et pourtant, l’édition de la semaine suivante, celle du 10 mai – qui, elle, a pu bénéficier d’un temps nécessaire à la collecte des informations – n’évoque pas non plus les confusions qui étouffent le centre de Paris.
Il y a jour pour jour quarante ans, le malaise se creuse et met en exergue un ras-le-bol général de la part des étudiants, futurs actifs de leur société. Dans la nuit du 10 au 11 mai, les affrontements avec les CRS font plus d’une centaine de blessés. Dans les jours qui suivent, les ouvriers de plusieurs entreprises d’Île-de-France débraient et se joignent au mouvement. Rapidement, le mouvement gréviste grignote du terrain et étend son périmètre.
À mille lieues des remous qui secouent la capitale, la vie paraît bien douce, dans nos terres savoyardes… La Vie Nouvelle, journal catholique, se targue d’être « le plus lu des hebdomadaires savoyards ». Ce superlatif suggère-t-il, en filigrane, que l’hebdo soit le plus lu du département parce qu’il ne traite presque qu’exclusivement les nouvelles de proximité ? On est en droit de se demander si les Savoyards se sentent concernés par le mouvement qui se généralise en France. Pas une brève, pas une ligne, pas un mot.
Ce constat appelle une réflexion plus profonde : en réalité, quels thèmes intéressent les lecteurs ? Quel genre d’informations souhaitent-ils ? Quelles prestations attendent-ils d’un support de presse qu’ils achètent de manière régulière ? Combien sont-ils à s’intéresser à la globalité de l’information ? Il se passe quelque chose de bizarre : un malaise social s’amplifie de jour en jour en France et un hebdo local n’en tient pas compte du tout.
Sur la une du journal du 10 mai 1968, on trouve un cliché intitulé « La Savoie à Lourdes », on se promène au coeur de pages plutôt légères, d’articles anecdotiques mais pas réellement de fond. L’édition s’assimile davantage à un support truffé de compte-rendus plutôt que questionnements fondamentaux. Au passage, on constate que les archives d’il y a quarante ans ressemblent de plus en plus à notre édition actuelle : les légales s’étalent sur une demi-page, les encarts publicitaires côtoient les petites annonces. Les produits vantés dans ces espaces nous sont désormais familiers, surtout les eaux « magiques » destinées faire disparaître les kilos disgracieux ! On peut même lire une vignette humoristique, signée Goscinny et Uderzo. Nichée dans sa bulle, hermétique aux attaques qui fusent et menacent la sérénité sociale de la nation, la Savoie se porte bien et se satisfait de son sort.
Il fait décidément bon vivre au pied de nos montagnes alpines…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: