Chroniques d’hier et d’aujourd’hui La Vie Nouvelle il y a… 40 ans : le 17 mai 1968

Quarante ans après mai 1968, nous poursuivons notre décryptage des archives du journal de La Vie Nouvelle, avec de nouveaux prétextes pour évoquer presse, l’actualité… Et, surprise, La Vie Nouvelle passe du silence total au parti pris.

Il était temps. Enfin. Temps que notre journal s’intéresse un tantinet soit peu à ce mois de mai 68 qui ébranle les moeurs.
Pour rappel, notre rubrique « Chroniques d’hier et d’aujourd’hui » s’était étonnée de ne pas avoir trouvé un seul mot, un seul article traitant de l’amorce des événements de mai 1968. Presque trois semaines après le début des émeutes, La Vie Nouvelle, dans son édition du 17 mai 1968, se décide enfin à évoquer le sujet. D’ailleurs, elle ne fait pas que l’évoquer. Elle s’immerge au coeur de sa signification, elle en sort critique, prête à dégainer ses arguments. Loin de s’en cacher, le journal justifie ce silence. Cette non-intervention, il l’a voulue, délibérément.
L’article auquel je fais référence s’intitule : « Prendrez-vous parti ? ». Une question qui sonne comme une affirmation. L’auteur de l’article, dont nous ne possédons que les initiales, a, lui, pris parti, et explique pourquoi. C’est après plusieurs lectures attentives que je me prends à considérer son point de vue avec intérêt, moi qui avais, les semaines précédentes, au sein de cette tribune d’expression qu’est la rubrique « Chroniques d’hier et d’aujourd’hui », quelque peu fustigé l’hermétisme et les carences d’information de l’hebdo local catholique.
À l’aune de ce papier, auquel je n’adhère pas en tous points, mais dont je lui reconnais une argumentation plausible, d’autres interrogations me viennent à l’esprit. Pour savoir si elles vous interpellent aussi, voici un extrait de l’article : « Pour parler d’un événement, il faut se faire une opinion sûre. Or, ni les radios, ni les journaux ne nous ont donné une vision identique des faits. Que voulez-vous qu’on en pense du fond de nos provinces ? ». Le journaliste évoque aussi des « recoupages approximatifs ». Il y a de quoi réfléchir un peu à l’acheminement de l’information en général et au traitement en particulier de l’actualité relative à mai 1968.
Plus qu’aux revendications des étudiants (« trublions qui confondent liberté et désordre ») et des grévistes (« grève de solidarité sans objectif immédiatement professionnel »), La Vie Nouvelle s’intéresse aux coûts des heurts : « La « casse » de Paris, c’est notre niveau de vie à tous qui la paiera. Un désordre ne peut jamais s’approuver. Mais moins encore un ordre qui n’en aurait que le nom, et qui reposerait sur l’injustice sociale et l’oubli de l’homme ». Et c’est là, précisément, où soudainement, le journal s’affiche précurseur.
Après quelques semaines d’observation discrète et avant même que les premières retombées symboliques ne soient diffusées, La Vie Nouvelle émet un jugement, lapidaire mais cohérent : mai 1968, ce ne sont pas des avancées sociales, mais des « dégâts ». Pour le journal, il s’agit de caprices de petits bourgeois qui ont le ventre plein. À méditer.
La Vie Nouvelle, c’est, chaque semaine, du sérieux et de l’anecdotique, une tribune d’expression dans laquelle interagissent des faits politiques, sociétaux mais aussi des brèves légères et rafraîchissantes. Le contenu de La Vie Nouvelle est en somme à l’image de la complexité humaine : tantôt grave, ingambe, tantôt grivois et inconséquent.
Ainsi, après le billet d’humeur sur mai 68, j’ai envie de vous amener sur l’un des articles des pages Savoie, intitulé « Les Lauréates régionales du concours de la meilleure ménagère rurale 1968 », assez croquignolesque il faut le dire !
Sorte d’élection qui n’a rien à envier à celle de Miss France, à la différence près que les demoiselles ne se contentent pas de défiler avec un sourire inepte accroché aux lèvres mais doivent, sous l’oeil d’un jury attentif, montrer qu’elles maîtrisent le sujet imposé des épreuves : la petite enfance. Ainsi, alors que leurs consoeurs en bikini prêchent « la paix dans le monde », les aspirantes au titre de « meilleure ménagère rurale » doivent s’atteler à honorer un programme hautement plus pragmatique : la nutrition et l’habillement de l’enfant, ainsi que sa protection sanitaire. Pour clore leur prestation, elles doivent confectionner à la machine à coudre un vêtement pour enfant. Le jury, présidé par Mlle Ramella, conseillère ménagère EDF, accueillait quelques personnalités, dont Monsieur Jean Blanc, longtemps maire de La Ravoire…
Les gagnantes du jour recevaient une poupée savoyarde et un ticket pour le concours national, avec cérémonie à l’Hôtel de Ville de Paris…

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