La Vie nouvelle il y a… 88 ans : le 21 août 1920

La Vie nouvelle du 21 août 1920 est placée sous le signe de la chrétienté. Non pas que les autres fois ce journal diocésain délaisse sa ligne éditoriale, mais ce jour-là plus qu’un autre, il est question, à 90 % du contenu, de choses religieuses plutôt que de choses publiques.

Au passage, souvenons-nous que la « chose publique » (res publica en latin) a donné le mot république. Trêve de digression étymologique. Si d’ordinaire, l’ancêtre de notre hebdo local propose de l’information de proximité, ce 21 août 1920, il se fait mesuré, voire inexistant dans son traitement de l’actualité autre que religieuse. Nous parcourons les lignes, et nous comprenons vite pourquoi on ne parle que d’Église. L’archevêque de Chambéry, qui, en 1920, se nomme Dominique Castellan, publie une lettre à l’attention de ses ouailles. Il les invite solennellement à venir l’accompagner pour se recueillir auprès de « la patronne » de leurs pays, la Sainte-Vierge de Myans. Cette icône, qui semble dominer toute la vallée, nous l’apercevons souvent en passant tout près du village, par l’autoroute ou la départementale. Elle brille, de toutes ses dorures, du haut de son promontoire. Que savons-nous de son histoire, intimement liée, d’ailleurs, à celle du Granier, qui, amputé d’une partie de son roc, couve la statue nichée à ses pieds ? En 1248, on raconte que le sanctuaire de Myans aurait stoppé l’éboulement du Granier. Expulsés du prieuré, les moines se réfugièrent dans l’Église Notre-Dame-de-Myans et y prièrent le ciel pour mettre un terme à ce qu’ils pensaient être une malédiction. La Vierge Dorée fut amenée en 1632, après la peste de 1630. Son manteau de la Vierge est parsemé d’insignes de la Croix de Savoie et de lys. En plus de cette statue remarquable (au sens propre comme au sens figuré du terme), le sanctuaire de Myans comporte une autre particularité. Dans l’édifice se superposent en fait deux églises. Celle du dessous, la crypte, est quasiment millénaire puisqu’elle date du culte de la Vierge Noire et antérieur à l’an 1000. L’église supérieure a été construite en 1458 tandis que la mise en place de l’imposante statue date de 1855.
C’est donc en l’église de Myans que l’archevêque de Chambéry souhaite convier ses fidèles au cours d’un week-end marqué par… je vous le donne en mille, pas moins de sept messes, dont une grande en plein air et des vêpres solennelles programmées en milieu d’après-midi. Avec une veillée religieuse qui débute le samedi soir à 22h et la première messe prévue à 4h30 du matin le lendemain, on peut dire que le week-end s’annonce chargé !
Dans ce journal du 21 août 1920, un autre article retient mon attention. Il est titré : « La crédulité ». Et il commence ainsi :  « Il ne faut pas confondre la foi avec la crédulité : la foi est raisonnable, la crédulité ne l’est pas ». Plus tard dans l’article, le rédacteur cite les propos d’un certain Louis Veuillot : « La crédulité la plus niaise est un des caractères de ce temps ». D’un point de vue strictement sémantique, la crédulité est la trop grande facilité à croire. Puisqu’il ne me semble pas que le mot « crédulité » ait été altéré par la synchronie (on appelle synchronie l’évolution du langage dans le temps, un phénomène linguistique qui peut créer des contorsions de sens sur un terme pris dans une époque puis dans une autre), je trouve les remarques bien injustes, voire infondées. Si la naïveté est l’excès de crédulité (elle s’applique plutôt à des propos qui échappent, par ignorance ou par bêtise), la crédulité, elle, n’est pas à mon sens un défaut et ne doit pas faire l’objet de jugements si lapidaires. J’irai presque jusqu’à dire qu’il s’agit d’une qualité qui confine à la pureté, à l’innocence. La crédulité, c’est la propension à accorder une confiance spontanée et sincère dans les propos de quelqu’un ou dans les choses. Un esprit crédule, c’est un esprit sur lequel les aspérités glissent et s’évanouissent. Aucun mauvais sentiment, aucune mauvaise intention ne viennent harponner les pensées et les dires de celui qui est qualifié comme tel. Candide, crédule et naïf ne signifient pas la même chose. Attribuer le sens de l’un à un autre, c’est négliger la richesse et le panel de nuances qu’offre la langue française…

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