La Vie nouvelle il y a… 104 ans : le 5 juin 1904

Notre rubrique « Chroniques d’hier et d’aujourd’hui » délaisse définitivement les archives de Mai 1968. Déjà trop lointaines ? Ou trop récentes ?

Difficile d’avoir du recul sur ces événements, au regard des images en noir et blanc qui n’ont eu cesse d’être étalées par les télévisions, la presse, les livres, les hors-série ces derniers temps…
En effet, pas une librairie qui n’ait eu, dans un coin du magasin, sa table ou sa vitrine spéciale « Mai 1968 ». Pas un édito qui n’ait pas fait allusion à cet anniversaire. À ce propos, devons-nous absolument, désormais, célébrer TOUS les anniversaires, comme si les commémorations nous rappelaient que fut un temps, l’épopée sociale existait encore ; comme si nous étions désormais des êtres aseptisés, sans envergure ?
Je crois que cela tient aussi beaucoup de la cristallisation, de l’emphase, du plaisir à se souvenir qu’un jour, pas si lointain, le peuple est parvenu à se fédérer autour d’idéaux communs.
L’année 1904. Au pif. Choisie à l’aveugle parmi les dizaines de reliures à l’intérieur desquelles sont précieusement conservées les archives du journal. Par plaisir et par curiosité, feuilletons ensemble ces pages défraîchies et voyons ce qu’il en ressort, à brûle-pourpoint. Bien entendu, en remontant l’échelle du temps, on revient vers un support de presse qui s’appelait La Croix de Savoie et qui appartenait encore au Diocèse.
Tiens, petite anecdote : saviez-vous qu’en son temps, La Croix de Savoie a été l’un des journaux les plus virulents à l’encontre des francs-maçons ? Flagrant, me direz-vous, puisque le clivage entre l’Église et l’univers franc-maçonnique était, à l’époque, très marqué. Peut-être que prochainement, nous tenterons d’approfondir le sujet ; d’autant qu’il y a une observation très importante à faire sur l’offre pléthorique des organes de presse dans ces années de début de siècle. Votre rubrique vous promet bientôt un tour d’horizon des journaux de l’époque.
L’année 1904, c’est, pêle-mêle, l’année de naissance du poète chilien Pablo Neruda, de Salvador Dali et de Jean Gabin. Tandis que ceux-là s’ouvrent à la vie, d’autres s’éteignent : le compositeur tchèque Dvorák, l’explorateur Henry Mortin Stanley ou encore Pierre Waldeck-Rousseau. Pour le moment, il s’agit de parcourir notre édition du 5 juin 1904.
La une table sur un article intitulé « Les doléances pédagogiques ». On y apprend que les échelons que doit gravir un instituteur au sein de sa carrière sont sujets à des corruptions d’ordre politique. L’auteur de l’article s’insurge face à ces procédés crapuleux, comparant l’instituteur à un esclave de l’État, mis au banc et dont le parcours se verrait sacrifié, en cas d’indocilité.
Aujourd’hui, l’ascension professionnelle d’un instituteur n’est fort heureusement plus subordonnée au copinage avec les élus locaux ; c’est un inspecteur de l’Éducation Nationale qui juge, souvent sur environ une demi-journée et tous les trois ans, de l’aptitude du professeur des écoles à gravir un échelon, et, en filigrane, à voir son salaire augmenter.
Quelques colonnes plus loin, un petit encart est consacré à la sériciculture. L’occasion d’apprendre un nouveau mot, car nous sommes probablement nombreux à ne pas le connaître !
Pour rafraîchir nos mémoires : l’héliciculture, c’est l’élevage des escargots, la myticulture, l’élevage des moules, et la sériciculture (du latin sericum, « soie »), c’est celle du ver à soie. Elle désigne l’ensemble des opérations de culture du mûrier, d’obtention du cocon, de dévidage du cocon et de filature de la soie.
Dans cet article, on se désole que la sériciculture ait, à partir de 1860, (soit une quarantaine d’années auparavant), due être stoppée dans le bassin méditerranéen, pour cause d’épizootie (maladie qui frappe toute une espèce animale). De nos jours, la majorité de la production de cocon est réalisée en Asie.
Pour terminer le tour d’horizon des archives du 5 juin 1904, je vous relaterais une petite astuce, nichée entre une chronique agricole et les nouvelles générales : pour enlever une tache d’huile d’une étoffe, appliquez sur la tache une feuille de buvard. Repassez au fer chaud. Si la tache persiste, on frotte à l’alcool. Vu ?

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